L’urbanisme et l’architecture des bastides

« Comme tous les plans de ville à cette époque, tracés en Guyenne et en Périgord, la ville de Montpazier est non seulement alignée avec une régularité parfaite, mais encore toutes les maisons sont d’égales dimensions et distribuées de la même manière. Un îlot de maisons de la ville de Montpazier fait voir avec quelle uniformité cellulaire ces habitations sont construites. » Félix de Verneilh (1820 – 1864)  archéologue et historien français

 « Un point mis hors de doute par l’examen et la comparaison des bastides, c’est qu’elles furent toutes construites sur un plan identique et régulier… Les bastides avec leur plan en damier ont un cachet si net, si distinct, qu’on les reconnaît à première vue sur les cartes de Cassini ». Alcide Curie-Seimbres (1815 – 1885) avocat, historien des villes médiévales.

Depuis il a été prouvé que cette description était excessive et qu’elle ne pouvait pas être appliquée à un ensemble de près de trois cents bastides, mais à une quinzaine tout au plus.
Sur le terrain, les planificateurs ont été confrontés à différentes situations dont ils ont dû tenir compte, comme le lieu du site, en hauteur ou en plaine, la topographie du terrain ou la présence d’une occupation antérieure, village, église…

Les plans imposés par la situation géographique

Les bastides en hauteur

Lieux de prédilection des grandes bastides de la première génération qui furent fondées par le Comte de Toulouse après la Croisade contre les Albigeois :  Lauzerte, Puymirol.
En général, la bastide était construite sur une colline de forme allongée. La dénivellation du terrain constituait une fortification naturelle.

Les bastides des plaines

En général, elles étaient situées à proximité d’une rivière ou d’un ruisseau.
Delà découlait la mise en place de deux directions principales opposées, une parallèle aux berges, et l’autre perpendiculaire à celles-ci.

Les bastides à tracé systématique

Avec Alphonse de Poitiers, une seconde génération de bastides vit le jour. Les tracés ne furent plus dépendants du site, mais standardisés, codifiés, schématisés, normalisés pour s’appliquer à toutes les situations rencontrées, bien plus en adéquation avec cette nouvelle politique d’urbanisation.

Les bastides de modèle quercinois

Ces bastides se trouvèrent le plus souvent dans le Quercy et le Rouergue.
Le plan était à un seul axe, avec de nombreuses transversales qui coupaient la rue principale, d’où leur nom de « tracé en arêtes de poissons« 

Les bastides de modèle aquitain

Ce type de plan était le plus élaboré. Il se composait de huit îlots qui encadraient la place, comme à Montflanquin, Montpazier, Libourne…
Le plan s’appuyait sur deux axes perpendiculaires, les rues se coupaient à angles droit. Il y avait deux sortes de rues : les rues principales dans lesquelles se situaient les rues commerçantes et les traverses, des rues secondaires. Ce découpage à angles droits entraînait des îlots réguliers, rectangulaires, dans lesquels s’interposait une série d’îlots carrés, lesquels délimitaient la place.

L’église et le cimetière se trouvaient dans l’un des îlots adjacent à la place , à un angle de celle-ci. Ceci était caractéristique du modèle aquitain.

Les groupes d’habitations étaient serrés et traversés par des ruelles piétonnières, les carreyous.

Au fur et à mesure du développement de la bastide, la place pouvait se trouver décentrée.

Les bastides de modèle gascon

Ce qui caractérisait ces bastides était le retrait de l’église, séparée de la place par un groupe d’habitations, comme à Marciac, Grenade, Mirande…
Les rues principales et les rues de traverses avaient peu de différences. Il n’y avait pas de carreyous.

Les groupes d’habitations avaient, au centre, des cours et des jardins, d’où leur faible densité.

La place, au centre de la bastide, était de grandes dimensions, plus de cinquante mètres de côté.

La maison seigneuriale

L’abbé ou le seigneur laïc qui apportait les terres pour la fondation de la bastide, conservait des emplacements pour son propre usage.

Les voies de circulation

– Les andromes ou entremis : larges d’une trentaine de centimètres, elles étaient situées entre les maisons et recueillaient les eaux pluviales et les eaux usées.
– Les ruelles ou carreyous : larges de deux mètres environ, elles étaient piétonnières.
– Les transversales ou traversières : larges de cinq à six mètres, elles croisaient souvent les rues principales.
– Les rues principales ou charretières (careyas) : larges de six à huit mètres, elles étaient réservées aux attelages et au bétail. Elles constituaient généralement les axes    longitudinaux des bastides.

L’architecture

La place

Élément indissociable des bastides, la place avait plusieurs rôles, puisque c’était là que se situaient les bâtiments administratifs et que se tenaient les foires et les marchés. Elle prit cette importance sous Alphonse de Poitiers, au milieu du 13ième siècle.
Elle devînt un élément incontournable dont on apprit à tenir compte dans le tracé des bastides, détrônant même l’église ou le château féodal.
Elle était située à côté des voies principales de circulation, sans être traversée, afin de permettre le bon déroulement des foires et marchés.

Les rues couvertes, couverts ou cornières

​Ces rues entouraient la place. On les appelait aussi couverts, embans, cornières ou arceaux.
Après avoir construit les maisons, on avait rajouté des embans à leurs façades, en bois dans un premier temps, ils furent remplacés par des couverts en pierre.

La halle et la maison de ville

La halle se trouvait au centre de la place et permettait aux marchands de se protéger des intempéries. Elle était formée d’une grande charpente pouvant atteindre quarante mètres de côté.

La maison de ville, ou maison des consuls, en occupait le centre et l’étage dépassait la couverture de la halle.
La halle était souvent pourvue d’un clocher.
La maison de ville n’était pas systématiquement associée à la halle et pouvait s’installer dans une des parcelles constructibles de la bastide.

​Les mesures à grains, les mazels

Les mesures à grains et les bancs de bouchers (mazels) étaient soumis à une réglementation mentionnée dans la charte des coutumes, ainsi qu’à une autorisation accordée lorsqu’on accordait celle de l’édification de la halle.

L’école et l’hôpital

On a signalé la présence d’écoles et d’hôpitaux dans certaines bastides dès le 14ième siècle.
Des maîtres, laïques ou religieux, s’occupaient des écoles. Ils étaient désignés par les consuls et payés par la collectivité.
La fondation d’un hôpital, confié habituellement à un ordre religieux féminin, était également mentionnée dans les chartes de franchises.
Malheureusement, il ne reste plus rien de ces édifices aujourd’hui, sauf à Marciac où l’on peut en voir quelques traces.

Les cours de justice et les prisons

Dans les bastides, on pratiquait conjointement la justice du roi et celle des consuls.
Le bayle, le juge-mage ou le prévôt avait en charge la justice du roi, elle était rendue dans une cour royale ou prévôté.

​Les consuls ne s’occupaient, au début, que des délits mineurs et siégaient dans la maison de ville. Leur influence et leurs pouvoirs se développèrent avec le temps.

Comme il y avait deux justices, il y avait deux prisons.

– La prison consulaire était située généralement dans la maison communale ou dans un bâtiment proche.

– La prison royale pouvait se trouver dans la forteresse, ou dans une des tours du mur de la ville.

Les puits, les fontaines et les lavoirs

Les puits étaient des lieux publics, fréquentés quotidiennement. Ils étaient placés à des endroits comme la place des couverts, devant l’église…
Ils étaient les points d’eau de la communauté.

Les fontaines, quant à elles, offraient des scènes ornementales qui pouvaient tomber dans la démesure.

Les lavoirs étaient souvent aménagés à l’extérieur de l’enceinte de la bastide.

Les ponts

Les habitants devaient construire et entretenir le pont. C’était précisé dans les chartes de franchises. Pour cela, divers impôts et taxes étaient prélevés.
Toutefois, la situation était appréhendée différemment d’une bastide à l’autre. De simples travaux ordinaires pour franchir un ruisseau se changeaient en travaux colossaux qu’il était difficile, voire parfois impossible à réaliser pour un fleuve.

Outre le point de vue militaire, la construction d’un pont apportait un énorme avantage pour le développement économique de la bastide.

L’église

La nouvelle bastide était forcément située sur le territoire d’une paroisse. Mais la création d’une nouvelle ville, éloignée de l’église ne débouchait pas obligatoirement sur la création d’une nouvelle paroisse. Dans un premier temps, on construisait une chapelle annexe, ce qui généralement suffisait aux nouveaux habitants.
Toutefois, si la bastide connaissait un essor considérable, on construisait une nouvelle église, plus grande, qui était à l’image de la richesse des habitants.

Les paroissiens finançaient en grande partie la construction de l’église. Celle-ci devait obtenir la valeur d’un bâtiment public et aussi d’un monument municipal.

Dans les bastides, les églises étaient surtout gothiques. Les églises romanes témoignaient de la présence d’une collectivité précédant l’établissement de la bastide.
La grande majorité des nouvelles églises construites dans les bastides l’ont été entre 1250 et 1350. A cette époque, il se développa une architecture régionale : le gothique méridional, assez différent du gothique officiel français.

L’église de la bastide ne se contentait pas d’être un lieu de culte. Elle était également un lieu de réunion et pouvait servir de refuge. Les archives étaient enfermées dans l’un des étages du clocher, préservées des incendies.

Les fortifications

L’enceinte fortifiée

La sécurité des hommes et des biens était une préoccupation pour chaque cité, et il était nécessaire qu’elle puisse bénéficier d’un système de défense. En général, les fondateurs participaient financièrement à la construction de l’enceinte, et les habitants pouvaient se claquemurer comme ils le souhaitaient. Ceci était mentionné dans les chartes.
Cette garantie de sécurité avait pour but d’attirer de nouveaux habitants.

Les tours se trouvaient aux angles de l’enceinte.

Le mur de ville

Construit en pierres ou en briques, d’un à deux mètres d’épaisseur, il ne possédait pas souvent de fondations sérieuses. Les habitants devaient donc l’entretenir fréquemment.

Les portes de la ville

Appelées aussi portaux, elles étaient très souvent composées d’une herse, d’un assommoir et d’une porte à vantaux.

Le chemin couvert

Il permettait de circuler en étant protégé par le mur d’enceinte.

 

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